dimanche 21 mai 2017

Douleur - Zeruya Shalev

Je n'avais jamais lu Zeruya Shalev. Si cela avait été le cas, j'aurai su à quoi m'attendre... Car après m'être un peu documentée, il me semble que l'auteure tourne toujours autour de mes thématiques, sûrement très inspirées par sa propre histoire : la souffrance, celle d'un pays, Israël, en proie à la violence, celle d'une famille qui ne sait pas toujours comment s'aimer, l'amour, mais celui qui est passé, souvent idéalisé, au détriment d'enfants que l'on ne sait pas comment aimer vraiment et dont on s'éloigne petit à petit. Prix Femina étranger en 2014 avec Ce qui reste de nos vies, Zeruya Shalev sait exprimer la douleur au sein des familles où beaucoup de sentiments se mêlent, pas toujours sereins et apaisants.


Douleur - Zeruya Shalev.
Editions Gallimard, Février 2017, 416 pages.

Présentation de l'éditeur :

Dix ans après avoir été blessée dans un attentat, Iris semble avoir surmonté le traumatisme. Malgré des douleurs persistantes, des problèmes avec ses enfants et un mariage de plus en plus fragile, la directrice d'école ambitieuse et la mère de famille engagée qu’'elle est s'efforce de prouver qu’'elle contrôle la situation. Tout bascule cependant le jour où elle reconnaît, sous les traits d’'un médecin qu'elle consulte, Ethan, son premier amour, qui l'avait brutalement quittée lorsqu'elle avait dix-sept ans.
Dans un vertige sensuel et existentiel, Iris éprouve alors la tentation de faire revivre cette passion qu’'elle croyait éteinte : et si une seconde chance se présentait à elle ? Ce roman aussi puissant que subtil dévoile les séquelles que le passé peut laisser sur les corps et les esprits, tout en interrogeant notre capacité à faire des choix, au moment même où la vie nous renvoie à l'essentiel.


Ma lecture :

Quelle longue lecture... de quelle persévérance faut-il faire preuve pour venir à bout de ces 416 pages ! Je me suis pourtant accrochée, basculant de moments de lassitude en d'autres où je retrouvais de l'intérêt à l'histoire d'Iris et à l'étalage de ses états d'âme. Mon avis est très partagé sur ce livre. Zeruya Shalev fait preuve d'un réel talent pour parler du couple et des relations familiales, entre un mère et son mari, une mère et ses enfants. Elle exprime avec patience et minutie les sentiments torturés de Iris, cette mère de famille partagée entre la souffrance de son passé et son insatisfaction présente, ses regrets de ne pas avoir su créer un lien avec sa fille, sa lassitude à devoir partager sa vie avec l'homme qu'elle a épousé mais qui n'est pas celui qu'elle aime. Déçue par ce que lui propose la vie, elle s'est toute entière dévouée à son métier, au service des autres.

Le vrai talent de Zeruya Shalev est sa capacité à décrire les sentiments de ses personnages, y compris les secondaires et discrets tels que son mari, son fils, voire sa fille. Une fois la lecture achevée, je me suis dit que ces longueurs servaient bien le propos du livre, à savoir le chemin intérieur poursuivit par Iris au moment où son quotidien est bousculé par son passé, le retour inattendu et inespéré de celui qui fut son premier et seul amour 25 ans plus tôt, par l'attentat qu'elle a subit il y a 10 ans, par les inquiétudes que fait naître la vie de sa fille à Tel-Aviv, par l'éloignement de son mari toujours plus absorbé par ses parties d'échecs en ligne... Il lui faut du temps pour avancer dans sa réflexion, y mêlant quelques pensées magiques qui surgissent pour tenter d'apaiser un esprit trop fougueux et bouleversé.

Mais cette sensation d'être réellement au cœur des pensées de Iris est contrebalancée par la lassitude à suivre le cheminement de ses idées dans les moindres recoins de son cerveau. Car si le rythme de lecture me semble être adapté aux méandres de nos réflexions les plus intimes, ce que très certainement l'auteure voulait nous donner à ressentir, il arrive parfois de s'y perdre. Et pour finir, Iris m'a parfois lassée, tellement centrée sur sa personne et sur ses tourments. Elle m'est parue bien égoïste, enfermée à ce point dans ses réflexions. Avec le recul, je reconnais aussi ce talent à Zeruya Shalev car nul doute que le tempérament ambigu de son héroïne était savamment travaillé, donnant à voir de la complexité du caractère de chacun. D'autant plus qu'après ces 400 pages d'introspection, on perçoit un apaisement et une volonté de s'attacher à l'essentiel sans plus s'embarrasser de rêves et d'espoirs futiles.

Zeruya Shalev sait parfaitement décrire les chemins tortueux de notre intimité, de nos réflexions les plus profondément enfouies. Mais pour cela, elle s'éloigne souvent de l'action et du factuel, ce qui rend la lecture parfois longue et pénible. Contente de m'en être échappée, je suis néanmoins très tentée de découvrir un autre titre de l'auteur, peut être Ce qui reste de nos vies, ou Thèra. Maintenant que je sais à quoi m'attendre, je serai peut-être moins déstabilisée, et plus attentive à son talent de conteuse de l'intime et du psychologique.

"Il aura suffit d'une seconde pour qu'Ethan se coule de nouveau dans son vide intérieur que personne n'arrivait à combler, ni Micky, ni ses enfants, ni son travail, un vide qui était resté béant, blessé, berné." (Douleur, Zeruya Shalev, Ed. Gallimard, Février 2017)

Pour vous faire un avis plus précis, je vous invite à lire les billets de La Viduité, Bricabook, Alex Mot-à-mots.


1ère lecture



2 commentaires:

  1. Je ne connais pas du tout et je ne pense pas que ce livre me plairait.
    Merci pour ta participation à mon challenge et bonne semaine.

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  2. L'auteure n'a pas réussi à m'accrocher. Tant pis pour moi. Merci pour le lien vers mon blog.

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