lundi 17 avril 2017

Chanson douce - Leïla Slimani

Il m'a fallu du temps pour me lancer dans cette lecture incontournable de la rentrée littéraire 2016. A cause du sujet naturellement : je ne suis pas fan des récits qui maltraitent ma fibre maternelle. Je ne goûte pas les histoires où les enfants sont violentés, encore moins quand ils sont tués. Mais j'ai lu dans l'un de vos billets qu'une fois passées les premières pages, l'auteure nous ramène à la rencontre entre Louise, la nounou, et la famille Massé, Myriam, Paul et leurs deux enfants, Mila et Adam. Et c'est effectivement l'objet de ce livre : l'histoire d'une rencontre entre deux mondes, et des réalités pas toujours conformes aux rêves.

Chanson douce - Leïla Slimani.
Editions Gallimard, Août 2016, 240 pages.


Présentation de l'éditeur :

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.


Ma lecture :
"Louise sait qu'ils vont s'arrêter, dire au revoir, faire semblant d'avoir sommeil. Elle voudrait les retenir, s'accrocher à eux, gratter de ses ongles le sol en pierre. Elle voudrait les mettre sous cloche, comme deux danseurs figés et souriants, collés au socle d'une boîte à musique. Elle se dit qu'elle pourrait les contempler des heures sans se lasser jamais. Qu'elle se contenterait de les regarder vivre, d'agit dans l'ombre pour que tout soit parfait, que la mécanique jamais ne s'enraie. Elle a l'intime conviction à présent, la conviction brûlante et douloureuse que son bonheur leur appartient. Qu'elle est à eux et qu'ils sont à elle." (Chanson douce, Leïla Slimani, Editions Gallimard, Août 2016, page 80)


Comme dans certains polars, nous assistons au crime et connaissons la meurtrière dès les premières pages du récit. A partir de la page 16, on repart à la rencontre entre Louise, la nounou, et Myriam et Paul, les parents, puis on regarde évoluer leur relation. Le récit est surtout celui de Louise et de Myriam. Louise, qui consacre toutes ses journées à la famille chez qui elle travaille, Myriam, qui souhaite de nouveau s'investir dans sa carrière d'avocate et trouve en Louise le remède à tout sentiment de culpabilité.

Avec le temps, on découvrira chez Louise des comportements pour le moins étranges : celle que l'on imagine attachée aux enfants dont elle a la charge se révèle finalement plus préoccupée par le lien qu'elle construit progressivement avec la famille, sachant se rendre indispensable, tant auprès des enfants que de Myriam pour qui elle se charge de toutes les tâches domestiques, repas, ménage, lessives et repassage. Louise devient omniprésente, cueillant la famille au saut du lit et les quittant au beau milieu de la nuit.

Plus Louise prend de place, plus Myriam semble déserter le foyer. Comme son mari, elle s'investit entièrement dans sa carrière, trouvant ainsi un épanouissement qu'elle n'avait pas avec ses enfants. A tel point que Louise finit par les accompagner en vacances, s'occupant des enfants quand les parents profite pleinement de leur séjour. La relation atteint alors un équilibre fragile, où chacun y trouve son compte. Sauf peut-être les enfants dont il est finalement peu question.

Puis l'équilibre se rompt, peu à peu, Louise en demandant toujours plus dans cette relation "familiale", Myriam faisant semblant de ne rien voir pour conserver cette liberté enfin acquise, et Paul ne souhaitant ni remettre en question son investissement professionnel ni s'opposer à sa femme. Jusqu'au jour où, bien sûr, les choses vont trop loin.

Ni larmoyant ni terrifiant, le roman distille progressivement, un sentiment de malaise de plus en plus intense. On se demande comment le couple peut fermer les yeux à ce point pour assurer sa tranquillité, comment Louise a pu laisser d'aussi bons souvenirs dans les familles pour lesquelles elle a travaillé jusqu'alors. Cette relation, malsaine, fera deux victimes, Mila et Adam.

L'atmosphère fait toute la richesse de ce récit. L'écriture de Leïla Slimani nous permet de ressentir ce malaise sans qu'il soit jamais nécessaire d'en dire ou d'en montrer trop. Tout est très subtile et le décor est posé au long des 225 pages du roman. Un regret pourtant, celui de ne pas bien comprendre les motivations précises de Louise, ou plutôt, "l'élément déclencheur" comme on nous le présente à longueur de séries. On perçoit bien ce malaise qui conduira au drame. Mais il m'a manqué l'évènement qui a fait basculer Louise dans l'horreur et le motif qui a fait qu'elle s'en est prise aux enfants plutôt qu'aux parents par exemple.

Après avoir refermé ce livre, il m'est également resté une question : comment une femme, qui plus est une mère, peut avoir envie d'écrire un livre sur ce sujet ? Le fils de Leïla Slimani a l'âge de ma fille : peut-être s'est-elle nourrie d'angoisses maternelles pour créer ce récit... ? Peut-être a-t-elle voulu conjurer le sort ? Je l'ai bien lu me direz-vous... mais il ne m'a fallu que quelques jours. Je n'ose imaginer les mois pendant lesquels l'auteure a dû vivre avec cette histoire. C'est tout le talent d'un écrivain, c'est certain. Je reconnais que le fait que ce soit une femme, une jeune mère, qui ait écrit cette histoire, a participé au malaise qui m'a entouré durant toute ma lecture. Sans doute sa sensibilité de mère savait-elle comment créer cet univers perturbant.

Il est certain que je lirai d'autres récits de Leïla Slimani, auteure que je découvrais avec cette histoire.

Chanson douce, de Leïla Slimani, chez Kitty la Mouette, Mimi Pinson, Argali, Clara et les mots, Alex mot à mots, ou encore chez Noukette (découvrant ce roman 8 mois après sa sortie, les lecteurs sont nombreux à avoir posté ici ou là un avis sur le Goncourt 2016).


12ème lecture (2% !)



3 commentaires:

  1. Pas totalement conquise, pas déçue pour autant. J'en garde un souvenir encore assez frais et c'est un des rares Goncourt que j'ai eu l'occasion de lire.

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    1. C'est un bon résumé de ce qui me reste de cette lecture.

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  2. J'ai trouvé ça exagéré. Même si je comprends combien la nounou a été malheureuse, je ne comprends pas comment elle a pu arriver à une telle extrémité.
    Pas tout à fait conquis non plus, moi !
    Bon dimanche.

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