mardi 28 février 2017

Trois saisons d'orage - Cécile Coulon

Pas encore 27 ans et déjà 8 romans au compteur, plus un recueil de nouvelles. Je découvre Cécile Coulon avec ce récit d'une famille de médecins arrivée dans le village des Fontaines, au cœur des Trois-Gueules, un pays isolé, austère et orgueilleux, qui regarde avec suspicion ceux qui viennent de la Ville. L'histoire de cette famille, sur trois générations, est superbement écrite. Mais le personnage central du roman reste Les Trois-Gueules, ce pays difficile d'accès qui façonne les tempéraments et aiguise les regards. Si l'histoire de la famille du médecin traverse les 263 pages du roman, ce sont bien les lieux qui tiennent le rôle principal, démontrant à chacun que la nature demeure maître des lieux, n'en déplaise à ceux qui aimeraient façonner Les Trois-Gueules à leur guise.

Trois saisons d'orage - Cécile Coulon.
Editions Viviane Hamy, janvier 2017, 263 pages.


Présentation de l'éditeur :

Les Fontaines. Une pierre cassée au milieu d'’un pays qui s'en fiche. Un morceau du monde qui dérive, porté par les vents et les orages. Une île au milieu d'’une terre abrupte. Je connais les histoires de ce village, mais une seule les rassemble toutes. Elle doit être entendue. L'histoire d'André, de son fils Benedict, de sa petite-fille, Bérangère. Une famille de médecins. Celle de Maxime, de son fils Valère, et de ses vaches. Une famille de paysans. Et au milieu, une maison. Ou ce qu'’il en reste.

Trois générations confrontées à l'histoire et au fol orgueil des hommes ayant oublié la permanence hiératique de la nature.
Saga portée par la fureur et la passion, Trois Saisons d'orage peint une vision de la seconde partie du XXe siècle placée sous le signe de la fable antique. Les Trois-Gueules, « forteresse de falaises réputée infranchissable », où elle prend racine, sont un espace où le temps est distordu, un lieu qui se resserre à mesure que le monde, autour, s'étend. Si elles happent, régulièrement, un enfant au bord de leurs pics, noient un vieillard dans leurs torrents, écrasent quelques ouvriers sous les chutes de leurs pierres, les villageois n'y peuvent rien ; mais ils l'acceptent, car le reste du temps, elles sont l'antichambre du paradis.

Cécile Coulon renoue ici avec ses thèmes de prédilection – la campagne opposée à la ville, la lutte sans merci entre l'’homme et la nature –, qui sont les battements de cœur du très grand succès que fut Le Roi n'a pas sommeil (Éd. Viviane Hamy, 2012).


Ma lecture :
"Les Trois-Gueules étaient à l'œuvre, enveloppant leurs habitants de brume et de chaleur. Ils oubliaient, doucement, comme on glisse dans un bain brûlant, ils oubliaient qu'il y avait un monde de l'autre côté, et qu'un jour ils avaient, eux aussi, fait partie de ce monde. Mais une fois passées les entrées des carrières où fumaient des fourmis blanches, une fois remontés jusqu'au plateau des Fontaines, cela n'avait plus d'importance. Tout changeait subitement, le temps de figeait, les lieux qu'ils avaient habités paraissaient si sombres, si étriqués. Les Trois-Gueules, secret bien gardé, secret gigantesque, écrasait les vies d'avant." (Trois saisons d'orage, Cécile Coulon, Editions Viviane Hamy, janvier 2017, page 68)

Rien que le nom est terriblement évocateur. Les Trois-Gueules. Un lieu que l'on imagine  puissant, grandiose, intrigant également, qui peut déclencher les passions, l'enthousiasme comme les peurs. Les lieux provoquent la crainte de ceux de l'extérieur, les gens de la Ville. Mais ceux du pays lui témoigne un amour inconditionnel, même lorsque celui-ci prélève ses enfants.

Quand André, médecin, arrive au pays, il tombe vite sous le charme, du pays et de ses habitants, celui de La Cabane aussi, qui offre une vue magnifique sur Les Trois-Gueules. La Cabane, c'est une belle demeure, un peu isolée, des Fontaines, qui accueillera le bonheur de la famille d'André, de Bénédict et Agnès, puis Bérangère. La Cabane, c'est aussi le lieu de la chute et de la disparition de cette famille jamais complètement assimilée, car née ailleurs.

Les Trois-Gueules seront le théâtre du déchaînement des passions : sous une apparence de sérénité, de fraternité et de solidarité entre les membres de la communauté, personne n'est à l'abri des regards, des commérages. Aucun secret ne peut être gardé bien longtemps. Mais dans un endroit où tout se doit d'être partagé, il est des passions qui doivent se taire. Mais l'orage est présent, il gronde. Et la foudre finit par tomber. Jamais au hasard.

Ce roman est un beau texte sur l'évolution d'un village à l'écart du tourment des villes. Sur la vie des habitants qui tentent de préserver les lieux de l'évolution furieuse du monde. C'est un roman sur la puissance des lieux, de la nature, sur l'orgueil des Hommes à vouloir changer le cours du destin. C'est aussi le récit d'une fatalité, d'une histoire familiale tracée depuis le début et dont personne ne tient compte pensant avoir trouvé le paradis sur terre.

Cécile Coulon a une très belle plume, elle sait exprimer des impressions, en ne disant que ce qu'il faut. Elle sait parfaitement décrire l'ambiguïté des lieux. Elle distille des touches de mystère, de magie, du suspens. Un livre que l'on ne lâche pas, même si j'ai trouvé quelques longueurs en milieu de récit. Une auteure qu'il me tarde de retrouver, avec très certainement un de ses anciens textes.

Je vous invite à lire les avis de Mots pour mots, Jostein ou encore Les lectures d'Isabel & Léo.




2 commentaires:

  1. Tu me donnes envie de découvrir cette auteure.

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    1. Il ne faut pas hésiter, ce fut effectivement une belle découverte.

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