jeudi 22 octobre 2015

Otages intimes - Jeanne Benameur


J'ai découvert Jeanne Benameur cet été avec la lecture d'un petit livre, "Les Demeurées", qui offre un récit très touchant, lumineux et douloureux à la fois. Après cette rencontre, je me suis bien promis de relire cette auteur très prochainement. La rentrée littéraire m'en donne l'occasion.
Mais comme chaque fois que je relis un livre d'un auteur que j'ai beaucoup aimé, je tarde un peu à me lancer, craignant d'être déçue.
Ici, Jeanne Benameur nous fait rencontrer de nouveaux personnages blessés. Blessés par la guerre, par la vie, leur histoire et celle des autres. De nouveau, elle nous fait rencontrer des caractères bienveillants, courageux et plein de compassion.

Otages intimes de Jeanne Benameur.
Éditions Actes Sud, août 2015. 176 pages.


Présentation de l'éditeur :

Photographe de guerre, Étienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l'ampleur de ce qu'il lui reste à ré-apprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril. De retour au village de l'enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre duquel il pourrait reprendre langue avec le monde. Au contact d'une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement, se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l'Italien, l'ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, l'ex petite fille abandonnée, avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de témoigner. Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l'urgence de la question cruciale : quelle est la part d'otage en chacun de nous ? De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l'otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu'on ne trouve qu'en atteignant l'intime de soi.

Ma lecture :

Plus encore que dans Les Demeurées, l'intrigue n'est pas l'essentiel de ce roman qui s'attache à ses personnages. Il y a Étienne d'abord, de retour en France, auprès de sa mère, après une prise d'otage dont l'auteur nous dira que peu de choses. Le retour de ce photographe de guerre est décrit avec beaucoup de sensibilité et de retenue. Ce retour à la liberté sonne comme une seconde naissance, nécessitant de tout réapprendre.

Puis arrive la mère, figure très forte de ce roman, même si elle reste toujours en retrait, dans l'ombre, ne voulant pas imposer sa souffrance, sa solitude, ses peurs... à son fils. Digne, comme lorsque son mari partait pour plusieurs mois en mer. Ne rien laisser paraître, malgré la douleur. Le retour de son fils, elle le vit en elle, au plus profond de son cœur. La rencontre de la mère et de son fils sur le tarmac de l'aéroport est un moment particulièrement fort du récit. J'ai trouvé qu'il valait à lui seul la peine de lire ce texte.
"Sous tous les gestes de mère il y a un soupir. Toujours. Et personne pour l'entendre. Pas même celle qui soupire. Les mères prennent tellement l'habitude de faire et faire encore qu'elles ne savent plus elles-mêmes le soupir suspendu dans leur cœur. Il faut du temps pour en prendre conscience." (Otages intimes - Jeanne Benameur - Ed. Actes Sud - août 2015 - page 59)
Puis il y a la rencontre avec Enzo, celui qui n'est pas parti, qui est resté au village qu'ont quitté ses deux amis, Étienne et Jofranka. Enzo avance à son allure. Sincère et laborieux, il voyage grâce à son parapente en survolant le village où il vit depuis toujours. Jofranka, elle, est partie défendre de grandes et belles causes. Tous trois se retrouvent comme par le passé, dans cet environnement protecteur qui permettra à l'un de se reconstruire, à l'autre d'avancer un peu et de soutenir son ami qui en a besoin, et au troisième de tourner la page et prendre lui aussi un nouveau départ.

Et puis ce roman n'en reste pas là des caractères généreux qui inspirent l'espoir. De nombreux personnages secondaires apportent également cette touche de vie et de lumière dans un monde si malmené. Il y a Emma, l'ancienne amie d’Étienne qui n'a pas su faire face à ces perpétuelles séparations, ces éloignements, qui n'a pas pu partager avec son amant l'enthousiasme des départs et qui trouvera dans cette épreuve la force de tourner la page. Il y a également cette femme qui, dans un pays en guerre, presque sous les tirs, tente de garder un semblant de comportement normal, pour son mari mourant, pour ses enfants qui n'ont pas l'âge de mourir. Cette femme qu’Étienne n'a pas photographiée mais dont il garde intact le visage en mémoire. Il y a, enfin, le vieil homme qui, dans un immeuble en ruine, invite Étienne à venir jouer du piano, pour lui, pour Elfadine, la femme qui lui tient compagnie, et pour cette galerie de portraits photo qui est tout ce qui lui reste de ses proches.

La musique est également importante dans ce livre, car elle témoigne à travers les 200 pages du roman, de ce que la vie peut gagner partout, même au milieu du désespoir et de la destruction. Partout il y a quelqu'un pour jouer, écouter, entendre, imaginer de la musique et s'évader vers des endroits plus doux.

Ce nouveau texte de Jeanne Benameur est à nouveau plein d'espoir et de lumière, même dans un environnement souvent douloureux. Un texte à découvrir, malgré un petit bémol cette fois-ci : j'ai en effet trouvé quelques longueurs au milieu du livre. Les moments où Étienne tente de renouer avec lui-même, avec ce qu'il était, où on le voit évoluer pour finir par retrouver cette soif d'ailleurs qui le caractérise..., ces pages m'ont parfois un peu ennuyée. Je garde néanmoins tout mon intérêt pour l'écriture de l'auteure et la subtilité de ses descriptions de l'âme humaine. Une belle écriture pleine de poésie.



    http://rentreelitteraire.delivrer-des-livres.fr/    http://rentreelitteraire.delivrer-des-livres.fr/






4 commentaires:

  1. C'est le personnage de la mère que j'ai préféré dans ce roman.

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  2. Je ne sais pas si je lirai encore cette auteure. Après 2 ou 3 lectures que je n'ai pas appréciées, elle ne me tente plus trop...
    Bon dimanche.

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  3. Un roman lumineux, une vraie pépite... ♥

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  4. J'ai retrouvé la Benameur que j'aime avec ce roman. Un vrai plaisir !

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